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L’association - L'arlequin - Le Balzac - Le club de l'étoile - Le Rex

Le Rex

  • 1 boulevard Poissonnière, 75002 Paris
  • Métro : Bonne Nouvelle
  • Parking(s) : « Rex Atrium »,
    5/7 rue du faubourg Poissonnière
  • Site internet : www.legrandrex.com

A l’affiche cette semaine

Il était une fois le Rex…

La nuit du 8 décembre 1932, trois mille trois cents invités en smoking et en robes pailletées se pressent à l’angle du boulevard Poissonnière et de la rue du même nom. Ce soir, le tout Paris fête la naissance d’une des plus grandes salles de cinéma d’Europe : le Rex. Deux ans que les Parisiens attendaient l’événement. L’impatience des invités est à son comble sous les 3500 lumières éclaboussant l’immense façade art déco du Rex. Jacques Haïk, riche producteur de cinéma, né en Tunisie, une figure du 7e art d’alors, a promis le rêve. Et il tient parole. Jacques Haïk est l’homme qui a imposé Charles Chaplin en France et l’a baptisé « Charlot ».

L’Orient légendaire, Venise et Tolède…

Car c’est réellement dans l’univers du rêve que les 80 ouvreurs du Rex en livrée et gants blancs accueillent la foule élégante des invités. Dehors, à cinquante mètres, il gèle à pierre fendre. Mais ici, tout autour de la salle, dans la douceur de l’air pulsé, des palmiers se balancent mollement. Des minarets voisinent avec des palais vénitiens croulant de géraniums et de glycines. C’est l’Orient légendaire, Venise et Tolède à la fois. Au dessus de leurs têtes, les invités découvrent, médusés, un ciel scintillant d’étoiles. « Mais comment ferons-nous si le temps se gâte » s’enquiert naïvement une jeune femme en fourrure…
La salle qui s’emplit d’hommes politiques, de critiques et des stars de l’époque bruisse de cris de surprise et de murmures admiratifs. « Je n’ai jamais revu ni en France ni aux Etats-Unis une aussi belle soirée. Tout le monde était là. On se battait pour acheter des places. La soirée était au bénéfice de la légion d’honneur » confesse Maurice Bessy. On s’interpelle d’un balcon florentin à une loggia byzantine tandis que passent les nuages au firmament. Les invités s’étonnent des dimensions de l’écran en arc de cercle, découvrent la scène du Music-Hall « plus grande que celle de l’Opéra », estime à juste titre un connaisseur.
Pendant ce temps dans les sous-sols, d’autres visitent une infirmerie, un poste de police permanent et même… un chenil et une nursery !

Orgues, Rex Girls et Trois Mousquetaires…

Soudain éclate la musique du grand orchestre du Rex. Les numéros de claquettes succèdent aux ballets des « Rex Girls » empanachées. D’un sous-sol surgit un orgue de cathédrale, dans des décors sans cesse renouvelés.
Tandis que meurent les lumières et que commence la projection des « Trois mousquetaires » de Diamant-Berger, Jacques Haïk, roi de la fête, se remémore, en coulisses, ces deux années écoulées. « Folie » disaient les uns, « génie ! » hurlaient les autres, lorsqu’il fit connaître son projet. Qu’importe la critique. Défiant les pessimistes, Jacques Haïk acquiert en 1930 des terrains et confie la surveillance des travaux à un architecte, Monsieur Bluysen, à qui l’on doit la plupart des salles parisiennes d’alors. John Eberson, ingénieur américain spécialiste des salles atmosphériques, se joint à l’équipe.
Ce soir de décembre, les lumières s’éteignent, la fête est finie. Le Rex, titrera Paris-Soir dans sa page spectacle du lendemain, « est le plus beau temple jamais élevé à la gloire du cinéma ». Dans la semaine qui suit, des centaines de personnes se précipitent au Rex. L’immense salle semblable à un paquebot devient l’attraction des provinciaux, au même titre que la Tour Eiffel ou le Sacré Cœur.
Pourtant, l’immense succès public du Rex ne sauvera pas Jacques Haïk du naufrage. Avec le Rex, la fortune du producteur sombre. Un problème de trésorerie le force à passer la main, à la nouvelle société Gaumont tout d’abord, puis à Jean Hellmann, Alan Byre et Laudy Lawrence.

La guerre et la Libération

Survient la seconde guerre mondiale. Les Allemands réquisitionnent la salle. Motif officiel : « le carrefour est stratégique ». Motif réel : les troupes ont besoin de distraction. La Kommandantur transforme le Rex en « Soldaten-Kino ». Libération de Paris, c’est la ruée. Le Rex rouvre ses portes avec un film américain et des chewing-gum à l’entracte. Pendant dix ans, les exclusivités, américaines notamment, battront des records.
L’année 1957 marque la fin des ascenseurs avec liftiers. Gary Cooper, accompagné de Mylène Demongeot, inaugure l’un des tout premiers escalators de France.

Le dernier rendez-vous populaire des cinéphiles

Aujourd’hui, le Rex demeure le dernier rendez-vous populaire des cinéphiles. L’autre grand, le Gaumont Palace de la place Clichy a disparu. Alors, parce que pour survivre, il faut suivre son temps, Philippe Hellmann, qui dirige le Rex depuis 1967, a fait aménager en 1974, sans toucher à la grande salle, trois nouvelles salles en sous-sol. Le Rex Club remplace le dancing « Rêve ». De nouveaux fauteuils plus confortables accueillent aujourd’hui 2800 personnes. Il était juste, n’est-ce pas, qu’un tel édifice reçoive une récompense ? Le 5 octobre 1981, le ministère de la Culture inscrit le Grand Rex à l’inventaire des monuments historiques.